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Sélim Ben Abdallah, socio-psychologue : Chirurgie esthétique en Tunisie

 

Recourir à la chirurgie plastique, qu’elle soit réparatrice ou esthétique, découle d’une démarche constituant l’aboutissement d’une mûre réflexion à travers laquelle transparaissent les doutes, les complexes et l’absence d’estime de soi, qu’ils soient justifiés ou non, renforcés par les dictats esthétiques que les médias véhiculent.

Socio-psychologue, le Dr Sélim Ben Abdallah s’exprime sur la question.

Qu’est-ce qui explique cet engouement pour la chirurgie esthétique et quelle est son importance ?

La chirurgie esthétique s’est développée depuis la seconde guerre mondiale où elle consistait à réparer les dommages physiques qu’ont connus les blessés de guerre. Parallèlement, l’évolution de la médecine et de la technologie ont également permis l’évolution de la chirurgie esthétique. Une autre explication à cet engouement pour les interventions d’embellissement réside dans l’augmentation du niveau de vie qui a plus ou moins démocratisé l’accès aux interventions esthétiques, dans la volonté de chacun à pouvoir agir sur son image face à la société et sur son destin, dans la médiatisation, avec les « reality show » par exemple, de la chirurgie esthétique.

Plus que tout et à l’origine de cette recherche de changer son apparence, c’est l’idée que l’on a de soi. Fondamentalement, vouloir intervenir sur son physique émane d’un problème d’estime de soi, de difficultés psychologiques sous-jacentes, l’apparence ne correspondant pas à l’image que l’on veut refléter. Or le paraître prend de plus en plus d’importance de nos jours, dans la mesure où l’image est le premier rapport à l’autre. On touche alors à l’aspect sociocognitif de l’apparence.

Certaines personnes souffrant d’un défaut physique depuis leur enfance et qui a induit un complexe, compromettant leur confiance en soi et leurs relations aux autres, se repliant sur elles-mêmes, ont-elles raison de recourir à la chirurgie esthétique ou y a-t-il d’autres solutions ?

Il n’y a pas de règle générale, chaque cas est unique mais, s’agissant des adolescents qui entament une démarche pour une intervention chirurgicale, cela dénote un défaut d’acceptation de sa propre image, qui se construit à partir de l’idée que l’on a de soi-même et de celle que les autres ont sur soi. Si l’on ne trouve pas son équilibre à travers cette image, on éprouve des difficultés à s’accepter, on se remet en question. Ces facteurs peuvent entraver l’épanouissement de l’adolescent. Une intervention de chirurgie esthétique n’est pas forcément la solution à ce problème de fond qui doit d’abord être traité sur le plan psychologique, une opération pouvant ne pas donner le résultat attendu, voire aggraver l’état psychologique du patient.

Quelle influence peut avoir l’encensement médiatique des normes actuelles de beauté sur l’adolescent, sachant qu’il peut fausser sa perception de soi et entraver son épanouissement ?

Nous vivons aujourd’hui dans un monde de l’image où, avec le développement technologique, nous subissons la dictature des canons esthétiques. Ce qui peut représenter des dangers, en particulier par rapport à une personnalité fragile comme celle de l’adolescent qui cherche à se situer dans son environnement social et à construire sa personnalité. Cela peut être un des facteurs de perturbation de son hygiène alimentaire dans la mesure où il veut coller à un modèle esthétique unique, cela peut aussi altérer sa confiance en soi.